PRÊTE POUR UNE THÉRAPIE OLFACTIVE ?

Prolongement de soi, carte de visite à l’attention de l’autre, le parfum peut aussi être un véritable moteur de bien-être. Et si notre nouveau coach, on l’avait dans la peau ?

Choisir son premier parfum, seule, sans prescription parentale, n’est pas un acte anecdotique. S’émanciper de l’odeur de la mère, catapulter l’héritage, opter pour la singularisation est l’aboutissement d’une introspection dont le mode «climax» survient généralement à l’adolescence, entre autres mutations dont les albums photos sont les odieux témoins.

Quand on est ado, se parfumer n’est pas une question de mots, de notes, il s’agit davantage d’une expérience intuitive, au carrefour du goût et de la promesse scandée par les campagnes de pub. En grandissant, les fragrances permettent de sculpter les personnalités, devenant porte-paroles d’ambitions et de changements très intimes. Comprendre sa sensorialité, c’est dix ans de psy de gagné.

Et vous, comment choisissez-vous votre parfum ?

Notre parfum, cet ambassadeur invisible ? Pour Lilou Fogli, 36 ans, actrice et cofondatrice des cosmétiques Château Berger, les parfums sont source de bien-être avant tout : «Il y a les parfums que l’on porte, mais aussi ceux qui nous rappellent les personnes que l’on aime. Croiser l’odeur d’un parfum pour bébé comme Biolane me replonge dans les premiers jours de la maternité. Si je respire sur quelqu’un le parfum de ma moitié, L’Homme de Guerlain, je vais tout de suite me sentir rassurée.»

Anna, 39 ans, est architecte et a déjà un CV olfactif bien rempli. « Bercée enfant par les notes chyprées d’Aromatics Elixir de ma mère j’ai ensuite toujours porté des parfums qu’on a dit «pas de mon âge» : Trésor de Lancôme a 14 ans, N°5 de Chanel a 25. A la naissance de ma fille, j’ai opté pour la Petite Robe Noire, le premier parfum qui me convenait réellement. Je pense que mes choix passés me donnèrent l’assurance dont je manquais à l’époque».

Jérémie, 46 ans, préfère, elle, les jus d’homme, les notes boisées cuir, le vétiver d’Inde, le cèdre. Antiquaire, elle porte à fleur de peau ces matières rappelant les belles choses, faisant écho à sa sphère professionnelle à dominante masculine. «A 17 ans j’empruntais Fahrenheit de Dior à mes amours de lycée. J’ai ensuite porté Égoïste de Chanel puis le Galion 222, une eau mixte, réédition des années 30, oscillant entre bois de cachemire, musc blanc et bois de santal. Je me tourne de plus en plus vers les parfums rares, dits de niche. Je pense que mon métier et mes choix de fragrances sont en adéquation».

Quant à Odette, 69 ans, elle a abandonné il y a quelques années Shalimar auquel elle fut fidèle toute sa vie pour Fatale Pink d’Agent Provocateur «J’ai d’abord été séduite par son flacon réhaussé d’un cabochon. Puis par ses notes anciennes, florales, la poire, le yuzu, le camélia. Cela m’évoque les tissus riches du temps où j’étais costumière à l’Opéra. C’est un véritable parfum de jouvence pour moi et il me donne des ailes ».

La gestuelle secrète du parfum

Un jus pour séduire pschitté au creux du coup, une brume pour sceller l’appartenance à une tribu, un sillage pour tromper l’âge ou rendre son entourage fou… merci Suskind ! Et si la réalité n’était pas si éloignée de la friction ? Dans son étude 2017 intitulée «Le Codex des Gestuelles», la société de distribution et de packaging Aptar Beauty + Home, met en exergue le répertoire silencieux des usages, ces gestes de parfumage capables de traduire les caractères. «S’ennuager»? Plonger dans le bonheur. Le «smellfie» ? Sentir son poignet imprégné symboliserait le culte de sa propre odeur, l’ego et les odeurs sûrement.

Le choix d’un parfum et la manière dont on se l’approprie ne sont jamais déconnectés de l’instinct, et pour cause. Respirer une odeur c’est d’abord solliciter son système limbique, épicentre des émotions, et générateur de plaisir ou de refus. En parallèle voilà que la mémoire olfactive rentre en scène. La lavande, c’est un aller simple pour les plaisirs de l’enfance, la quiétude et donc un précieux allié pour pactiser avec Morphée. A l’évidence, tout l’art d’un nez réside dans cette faculté à humer le temps et les âmes pour mieux les enflaconner.

Les pros nous livrent leurs secrets

«Quand je crée un parfum je m’adresse à la part intime de mes clientes, explique Jacques Cavallier, maître parfumeur Louis Vuitton. Mon rôle c’est de ciseler une colonne vertébrale sans toutefois omettre les dualités de l’homme… Dans la parfum Matière Noire par exemple le bois de oud sombre côtoie la fraicheur du cyclamen, c’est ce qui crée ce jus binaire. Ensuite il y a bien sûr la magie des proportions qui va sublimer la femme qui porte la fragrance. Je me décris souvent comme un médecin des âmes.»

Andrea Maack est une artiste islandaise dont le travail se place au carrefour de la mode et de l’art, comme en témoigne son Instagram à tomber. Pour faire émerger sa première ligne de parfums, le processus fut différent. «Parce qu’artiste, je commence par des dessins et je me focalise sur un sentiment, les ingrédients n’interviennent qu’ensuite. C’est ce qui fait que mes fragrances soient si personnelles et racontent, chacune à leur manière une histoire différente capable de booster la confiance de celle qui les porte.» Du bonheur pur jus en somme.

«Aromacologie» : ces parfums qui rassurent

Certains parfums sont un passeport immédiat vers le bien-être. Les notes gourmandes et fruitées sont celles du souvenir, de l’enfance et de l’oisiveté. Rien de tel que des accords guimauve, pomme d’amour ou dragée (Réminiscence, Lolita Lempicka) pour avoir l’impression de croquer dans une Madeleine de Proust. Avec ses notes de poires, de mandarine et d’amande amère, Girl of Now, le nouveau Elie Saab, est un macaron à la pistache addictif, un vrai pschiit d’happiness therapy. Les muscs blancs, présents par exemple dans La Fille de l’air Iris, le nouveau Courreges, évoquent davantage la sensualité, la virginalité, l’odeur de la peau (naturellement pourvue de muscs) et du propre, pour une vraie sensation de chaleur et de protection. Tout comme d’ailleurs ces odeurs inscrites dans l’inconscient collectif : qui n’a jamais été transporté de bonheur en respirant la crème de la petite boîte bleue Nivea, le sillage d’une laque de cheveux Elnett, voire d’une colle de cour d’école Cléopâtre ?

http://www.leparisien.fr/laparisienne/beaute/bien-etre/parfums-prete-pour-une-therapie-olfactive-14-09-2017-7260153.php

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